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L’Union économique et monétaire & l’euro

6. Développements en 2010

En 2009, l’euro avait célébré son dixième anniversaire dans une forme impressionnante. Après avoir réussi à se maintenir durant une période où les marchés avaient affronté une véritable tempête, il semblait avoir enfin prouvé qu’il constituait une monnaie de réserve solide, qui ne cédait le pas qu’au seul dollar US.

A la mi-2010, en revanche, la situation a changé. La mise en évidence des problèmes d’endettement au sein de la zone euro a provoqué une perte soudaine de confiance parmi les investisseurs en dette souveraine étrangère, ce qui a fait plonger la monnaie unique. L’euro s’est trouvé brutalement confronté à la plus grande épreuve de son histoire.

La chancelière allemande Angela Merkel résumait la situation en ces termes en mai 2010 : « l’euro est en danger… Si l’euro échoue, l’Europe échoue ». Elle tenait ces propos face aux parlementaires allemands, appelés à voter la contribution nationale de 150 milliards d’euros à un programme de sauvetage de la zone euro en faveur des Etats membres en difficulté, d’une ampleur sans précédent.

La crise de la dette a commencé en Grèce, qui avait dépensé sans compter dans la perspective des élections de 2009. Les pays de la zone euro et le Fonds monétaire international ont réagi en mettant sur pied un prêt d’urgence de 110 milliards d’euros, pour empêcher que la crise ne s’étende à d’autres Etats confrontés à des problèmes d’endettement, à savoir le Portugal, l’Espagne et l’Italie.

Au cœur du problème, il y a la dépendance excessive de ce groupe de pays au capital étranger pour équilibrer leurs comptes. L’euro était devenu populaire au sein des banques centrales qui cherchaient une alternative au dollar américain pour diversifier leurs positions. Mais les nouvelles relatives aux difficultés récentes ont jeté le doute sur la solvabilité de la zone euro.

La crise a mis à nu les carences du Pacte de stabilité et de croissance, qui visait à limiter les déficits budgétaires à 3% du produit intérieur brut (PIB) et la dette publique à 60% du PIB. Pour éviter une nouvelle déstabilisation, les Etats membres et les institutions de l’UE ont introduit une série de nouvelles mesures tendant à renforcer la gouvernance économique de la zone euro.

• Les ministres des finances de l’UE ont conçu un programme d’aide financière de 750 milliards d’euros. Le plan inclut un fonds de stabilisation de 500 milliards d’euros,  avec le projet de collecter 60 milliards d’euros par l’émission d’obligations de l’UE. Le Fonds monétaire international (FMI) complèterait l’enveloppe avec une contribution de 250 milliards d’euros. Le programme sera géré conjointement par les Etats membres, la Commission européenne et le FMI.

• La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé son intention d’acheter des obligations d’Etat, une initiative visant à convaincre les investisseurs en titres souverains que la dette dans la zone euro est efficacement garantie. La Banque entend également offrir aux banques des liquidités illimitées à des taux d’intérêt fixes durant les opérations de financement, en ouvrant des lignes de crédit avec les banques centrales à travers le monde. Notons au passage que l’initiative de la BCE de se porter acquéreuse de la charge de la dette des gouvernements de la zone euro a remis en question son indépendance politique si souvent vantée, et sa détermination à combattre l’inflation.

• La Commission européenne a dévoilé ses plans pour renforcer la gouvernance économique de l’UE, en suggérant que les plans budgétaires et les réformes économiques des Etats membres fassent l’objet d’une procédure d’examen mutuel avant d’être présentés devant les parlements nationaux. Les violations pourraient être punies plus sévèrement que dans le passé.

• Le Conseil européen a organisé la première réunion d’une task force spéciale visant à améliorer la gouvernance dans la zone euro. Les propositions comprennent notamment des sanctions plus lourdes pour les Etats qui violent régulièrement les règles budgétaires de l’UE. La task force présentera ses propositions finales aux leaders de l’UE en octobre 2010, avec l’inclusion possible d’un élargissement des contrôles de l’UE sur les budgets nationaux. Un débat important existe entre Etats membres sur la question de savoir si ces mesures qui vont dans le sens d’un fédéralisme fiscal requièrent des changements au traité. L’Allemagne, en particulier, est favorable à une réforme du traité de Lisbonne.

Le défi pour les pays lourdement endettés de la zone euro consiste à présent à réduire leurs déficits budgétaires, tout en adoptant des réformes structurelles douloureuses. La Grèce s’est engagée à réduire son déficit budgétaire de plus de 10% du PIB d’ici à 2014.  L’Espagne a promis de réduire son déficit de 11,2% de l’année dernière, en baissant les salaires des fonctionnaires et en réduisant les investissements publics. Le Portugal, qui a enregistré un déficit de 9,4% l’an dernier, a promis de retarder les plans de construction d’un nouvel aéroport.

En dépit des préoccupations actuelles sur la stabilité du bloc monétaire, la demande de l’Estonie d’adopter l’euro a été agréée par la Commission européenne en mai. Les ministres des finances de l’UE prendront une décision à ce sujet lors de leur réunion de juillet 2010. En cas d’accord, le pays pourrait utiliser les billets et pièces en euro à partir du début de 2011.

Même si les conditions actuelles sont loin d’être idéales, l’UE doit être prudente pour respecter ses engagements quant à l’entrée de nouveaux membres qui ont entrepris des réductions importantes de leurs dépenses pour respecter les conditions strictes de participation à la zone euro.

Les autres pays concernés pour l’instant sont la Bulgarie, la République tchèque, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Suède. L’Estonie, qui avait consenti de douloureux sacrifices pour continuer à respecter les critères du traité de Maastricht, est considérée comme un cas révélateur pour les candidats à l’euro.

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